Mongolie : sur la route

Mongolie : sur la route

Les paysages commencent à défiler : villes, montagnes, la grande muraille au loin puis le désert de Mongolie intérieur. Dans le Transmongolien, nous faisons connaissance avec nos voisins, un couple de canadiens (anglophones), ainsi qu’avec le responsable du wagon, un  chinois peu sympathique qui ne parle qu’à base d’onomatopées et nous balance les draps puis nos tickets repas. Vers 20h nous arrivons à la frontière, sans plus d’explications les officiels nous confisquent nos passeports et nous font sortir du train sans nos bagages. Le train repart sous nos yeux, un moment d’hésitation puis de panique, finalement le train part seulement changer les essieux pour s’adapter aux rails incompatibles entre la Chine et la Mongolie (délibérément installés par les autorités chinoises dans les années 60 par crainte de voir l’envahisseur russe débarquer sans prévenir !) Réveil à 4h30 pour voir le soleil se lever sur le désert de Gobi, les couleurs sont superbes et la vue infinie.

Nous arrivons à Ulan Bataar (UB) après 30h de train hors du temps. Premier pas en Mongolie, l’Asie est déjà loin derrière nous ; nous voici en terre soviétique : l’écriture cyrillique, de très larges avenues, des bâtiments défraîchis, et encore nous sommes loin d’avoir tout vu… Il est très difficile de voyager seul en Mongolie, le territoire est immense, la langue différente et les panneaux de signalisations inexistants. Résultat nous ferons appel à une agence. Après une mise en concurrence acharnée de 5 agences, notre choix se portera sur Mejet pour un tour de 20 jours à travers le pays accompagné d’un chauffeur et de nos 2 amis canadiens (Sarah et Chris). Direction le supermarché central ( Department Store) de la capitale pour faire quelques courses censés nous sustenter les premiers jours, et là, surprise de taille, 1 rayon sur 3 vend des bonbons, un autre tiers est dédié à la vodka, quant au rayon nourriture il se résume à du salami, des cornichons et des pommes de terre… difficile dans ces conditions d’imaginer des repas pour 20 jours.

Avant de partir pour ce road trip nous aurons 2 jours à tuer à UB et le moins que l’on puisse dire c’est que cette ville ne fait pas rêver. La capitale mongole accueille à elle seule plus de 60% de la population du pays, beaucoup de nomades sont venus s’y installer pensant pouvoir y trouver du travail. Malheureusement un grand nombre d’entre eux vivent dans des ghettos de yourtes et passent leur journée à boire de la vodka à peine plus chère que l’eau, résultat on assiste à la nuit tombée à des combats de rue entre des alcooliques ne tenant même plus sur leurs jambes. Pour le reste des carrioles d’un autre âge croisent des Hummers, le fossé entre riches et pauvres est ici bien plus criant que dans n’importe quelle grande ville chinoise. Dans les années 60, les autorités mongoles au pouvoir ont dû choisir entre le grand frère russe ou chinois. Les mongols ont choisi la Russie, un choix qui pouvait sembler pertinent à l’époque…. moins maintenant.

Nous quittons donc UB impatients de découvrir la Mongolie, celle des grandes plaines et des paysages de rêves. C’est parti pour 3500km de route ; bien que le mot route ne soit pas réellement justifié, à bord de notre Jeep Russe de 1969 rapidement renommée Olga. Celle-ci sera en somme la copie de la jeep d’Indiana Jones. « Easy to break, easy to fix » c’est ainsi qu’on nous l’a vendue, contrairement au 4X4 japonais bourrés d’électroniques avec lesquelles nous aurions eu quelques soucis en cas de panne au beau milieu des plaines mongoles !

Voilà seulement 20 minutes que nous sommes partis et déjà le sentiment d’être au milieu de nulle part : ligne d’horizon à des kilomètres, rien à droite, rien à gauche, une vue sur 360 degrés. En y regardant de plus près à travers les vitres de la jeep, on aperçoit des strates de couleurs : du vert, du jaune, du rouge et un ciel bleu ponctué de nuages aux formes indescriptibles. Ici et là, éparpillées dans ce fabuleux décor, telles des taches blanches, les yourtes, habitat des nomades, à approcher avec prudence sous peine de se faire croquer par les chiens de garde. « Nokhoï khogio ! », sous entendu « tenez les chiens ! » est la première phrase que nous avons dû apprendre en Mongolie.

Notre chauffeur Gondorgkhi alias Georges, s’avèrera être un excellent guide et un très bon partenaire. Très froid de prime à bord, le lien avec Georges se fera petit à petit malgré ses 4 mots d’anglais et autant de français (dont « merde et putain »). Le personnage s’avérera être  rempli d’humour,  il s’amusera d’ailleurs chaque matin à nous réveiller d’une manière différente mais à chaque fois désagréable (au sifflet,  avec des casseroles ou encore à l’aide du klaxon de la jeep) ! Au cours des 10 premiers jours Georges nous surprendra quotidiennement, notamment en sortant de son sac un appareil photo reflexe bien plus pointu que le notre et celui des canadiens  ou encore en nous dispensant un cours de tir à la carabine et en mettant enfin une fessée magistrale à Thomas aux échecs. Mais Georges saura surtout nous dénicher les coins les plus improbables et fantastiques pour poser notre tente tous les soirs à commencer par le premier soir en plein milieu d’un canyon comme seuls au monde ! Reste cependant à planter notre tente ! Si pour les canadiens cela semble être un jeu d’enfants voire une religion, pour nous c’est notre deuxième expérience, la première en Bretagne ayant été peu glorieuse ! Résultat : Et Georges et les canadiens viendront nous filer un coup de main, nous évitant de dormir à la belle étoile ! On ne peut pas être bons partout ! Ce soir là, comme beaucoup d’autres, nous finirons le repas autour d’un feu à essayer d’échanger avec Georges.

C’est au bout du 3ème jour qu’Olga décidera de faire des siennes pour la première fois en plein milieu du désert, plus de courroie de distribution, 2h en plein soleil, pas un seul passage : ni véhicules, ni présence humaine ou animale, nada ! Georges, réussira cependant à nous faire répartir ! 100mètres plus loin, c’est au tour du circuit de refroidissement, là encore Georges nous sortira de ce mauvais pas, et ça tombe plutôt bien, parce que la mécanique et Thomas ce n’est pas trop ça, enfin si, il sait vérifier le niveau d’huile, chose qu’il ne manquera pas de faire à chaque fois que le capot sera ouvert !

Tous les 3 ou 4 jours notre périple nous amènera en ville afin d’y prendre une douche, recharger les batteries des appareils électroniques et faire quelques courses. Surprise cette fois-ci au moment de remplir notre caddy, impossible d’acheter des bières et pour cause aujourd’hui c’est jour d’élection présidentielle. Pendant 3 jours, il est impossible d’acheter de l’alcool dans tout le pays, si cette interdiction transitoire ferait rire plus d’un d’entre nous, elle est en revanche témoin du problème des mongols vis-à-vis de l’alcool. Ici quand on possède une bouteille de vodka, entre autre, on se doit de l’ouvrir puis de la finir dans la foulée, soit quelques minutes après ! Ainsi en interdisant la vente d’alcool, le gouvernement s’assure de la sobriété de ses électeurs et aussi des gens en charge du décompte des votes, dixit Georges !

Le désert de Gobi sera aussi pour nous synonyme de première expérience dans une yourte.  Arrêtés à l’occasion pour demander notre chemin au beau milieu de nulle part et nous voilà inviter à partager le petit déjeuner d’une famille nomade : du fromage de vache dur comme de la pierre et aussi acide qu’un citron et pour faire passer le tout, nos hôtes nous servirons de l’airaag, ce fameux lait de jument fermenté…D’ailleurs en ce qui concerne la gastronomie Mongole on peut dire que celle-ci reste très rudimentaire. Les premières lignes de notre Lonely Planet annonçaient pourtant la couleur en introduction : « Les mongoles ont toujours préféré la survie au goût », nous confirmons ! Les repas s’articulent généralement autour de la viande, laquelle est séchée puis bouillie. Mise à part la spécialité le khuushuur (chausson frit à la viande de mouton), nous n’éprouverons pas beaucoup de plaisir à l’heure de passer à table. Pour ce qui est des légumes, oubliez, ils sont en général réservés aux animaux. On vous laisse imaginer la tête de Georges lorsque nous lui avons préparé une salade de maïs et concombre…

En tout nous passerons 7 jours dans le désert de Gobi en campant à chaque fois dans des lieux hors du commun. De part ses canyons, ses roches en strates, ses dunes et la sensation de traverser les saisons en quelques heures, le désert de Gobi restera pour nous le plus bel endroit parcouru au cours de nos 6 premiers mois de voyage.

Place à la Mongolie du centre et sa verdure à perte de vue, ses rivières et ses hordes de yaks et chevaux sauvages. Ici nous dormirons plusieurs fois au sein de familles nomades dont le quotidien se résume à cette période à s’occuper du bétail. Emilie en profitera pour apprendre à traire des vaches, la jument étant trop sauvage. A cette occasion, nous découvrirons les us et coutumes de la vie en yourte. Celle-ci s’accompagne de quelques règles qu’il est indispensable de maîtriser un minimum sous peine d’être regardé de travers : ne pas rester sur le seuil, entrer par le pied droit et se diriger vers la gauche de la yourte, ne pas refuser ce que notre hôte nous offre à boire et toujours gouter les mets proposés… Bien souvent les camps de yourte regroupent une à deux familles vivant chacune sous une yourte, puis disposent également d’une yourte supplémentaire pour pouvoir accueillir amis, familles ou touristes. C’est ainsi que nous prendrons quelque fois nos quartiers dans la yourte bis de notre hôte. Si le confort y est sommaire et les lits rustiques au possible, le poêle central permet de se réchauffer à tout moment. D’ailleurs les nomades mongols s’ils ne sont pas des plus avenants au premier abord, sont toujours prêts à accueillir quiconque dans leur yourtes, principalement des nomades afin de sauvegarder ce mode de vie qui leur est si cher.

En route pour la région des lacs entourés de volcans, là encore les paysages sont complètement différents ; les activités aussi, entre parties de pêche, randonnées et baignade dans une eau à 4° (on a enfin trouvé une fonction à la vodka, elle permet de « se baigner » dans des lacs mongols !).

A partir de là néanmoins, l’ambiance au sein de notre équipe se dégradera quelque peu aussi bien avec les canadiens qu’avec Georges. La barrière de la langue ainsi que la promiscuité poussée à l’extrême (5 à 8h par jour dans une jeep) mèneront à des incompréhensions et finiront par avoir raison de notre patience. Le voyage finira malgré tout sur une note très positive après quelques mises au point indispensables quand on vit en communauté. Avec Georges comme avec Sarah et Chris nous sommes finalement très bien tombés et cette expérience de vie en communauté aura aussi été enrichissante sur le plan personnel.

Nous passerons  en tout et pour tout 5 jours entre le White lake et le Khövsgöl lake. A la sortie du White Lake c’est le drame, cette fois-ci c’est l’embrayage qui rend l’âme. 3h30 d’attente avant que quelqu’un ne passe en 2 roues. Après une brève discussion avec Georges, celui-ci repartira semble t-il pour aller cherche de l’aide ou du matériel. Il reviendra 1h30 plus tard avec une chèvre sur sa moto ; bref on n’est pas sûr de bien comprendre ce qu’il se passe ici, mais cela fait désormais près de 5h que nous sommes là et toujours pas d’embrayage. Malgré tout nous repartirons après 6h d’arrêt. 5 km plus tard nous sommes de nouveau contraints à l’arrêt. Georges semble éreinté et nous quelque peu frustrés de ne pouvoir l’aider, d’autant plus que cette fois il s’agit du joint de culasse dont nous ne connaissons ni le rôle ni  l’emplacement ! Ce soir là nous finirons par dormir en bordure du lac Khövsgöl dans le jardin d’une famille extrêmement sympathique et accueillante avec laquelle nous sympathiserons le temps d’un repas. La vodka commence à faire son effet sur la grande sœur de la famille. Celle-ci nous parle en utilisant successivement un mot en anglais puis un mot en mongol, difficile de tout comprendre. Elle finit par nous dire qu’elle « adore la France et Paris la ville de l’amour, mais plus que tout je suis folle de votre chanteuse… heu, comment elle s’appelle déjà ? » « Patricia Kass ? Edith Piaf ? » « Non je me souviens c’est Mireille Mathieu ! » Difficile d’enchaîner la dessus…

La fin de notre road trip approche à grand pas, nous quittons donc la région des lacs pour le nord du pays, la terre de Gengis Khan. Si pour nous occidentaux le nom de Khan évoque surtout un conquérant sanguinaire, quelques lectures sur le personnage nous apprendront qu’il était avant tout un homme de pouvoir très en avance sur son temps : système d’impôts équitables, libertés de culte sans pareil dans le monde à cette époque (1230) et un rôle prépondérant donné à la femme dans la société mongole à la fois dans les foyers comme sur les aspects politiques, financiers, militaires (toujours d’actualité au XXIème siècle).

Sur le chemin nous ramenant à UB, nous nous arrêterons une première fois dans une famille nomade. Derrière la yourte des animaux fraichement dépecés, en dessous deux bassines avec les organes : intestins, foie, cœur, rognons… Et là c’est le drame nous sommes invités à manger chez nos hôtes et comme un malheur n’arrive jamais seul, les premières parties à déguster après avoir tué un animal sont les organes ; nous aurons donc le droit aux contenus des bassines. Si Emilie semble ravie Thomas a d’ores et déjà le moral dans les baskets ! Au final le repas fort en bouche restera un grand souvenir !

Toujours sur la route du retour nous tomberons par hasard sur un naadam de campagne dans la ville d’Erdenet. Le naadam, c’est la version mongole des Jeux Olympiques ; 3 épreuves, la lutte mongole, la course de chevaux et le tir à l’arc se disputent sur 3 jours, il s’agit de la fête la plus importante de l’année dans tout le pays.  Si les naadam de campagnes se veulent moins grandioses que celui d’UB, ils  permettent néanmoins d’être au plus près des athlètes le tout dans une ambiance plus conviviale. Nous passerons la journée à suivre les 3 épreuves, notamment la course de chevaux, les plus longues du monde, (une trentaine de kilomètre) où les jockeys, des gamins de 4 à 8 ans partent pour la plupart sans selle, chaussures ni bombe sur la tête.  A l’arrivée de nombreux chevaux arrivent malheureusement à vide… Pour ce qui est des gagnants, on célèbre uniquement les chevaux et non les jockeys immédiatement mis de coté; encore une preuve que la nature est bien la pièce maitresse de la culture mongole. Arrivés à UB pour participer aux festivités du Naadam, celui de la capitale cette fois ! Nous parviendrons à arracher les derniers tickets pour la cérémonie d’ouverture ! Finalement décevante de part la position de nos sièges mais nous serons au cœur de l’atmosphère et de stade en stade nous découvrirons les combats de lutte, de tirs à l’arc ainsi que les jeux d’osselets. 2 jours de festivité à manger des khuushuurs en regardant des combats de lutte mongole puis direction l’aéroport.

La Mongolie c’est terminé, et avec elle l’Asie. Nous aurons passés 6 mois exceptionnels ponctués de rencontres, gastronomie, anecdotes et paysages inoubliables. Nous terminons l’Asie en beauté par ce qui restera comme la cerise sur le gâteau : La Mongolie. Nous sommes à la fois tristes de quitter le continent asiatique mais impatients de vous retrouver (pour la plupart) pour quelques jours de transition avant l’Amérique Latine.