Pérou, de Caraz à Ayacucho

Pérou, de Caraz à Ayacucho

Nous revoilà à Paris pour une petite semaine. Dès le début nous nous étions mis d’accord sur la durée craignant de ne pas pouvoir repartir si nous restions trop longtemps.  Famille, amis, champagne plus décalage horaire égale très peu de souvenirs  le premier soir  ! En tout, nous passerons 7 jours de retour aux sources entre fois gras, fromage et vin rouge. Une session aux Abbesses, puis au Mikado, à peine le temps de dire ouf et c’est déjà reparti direction l’Amérique Latine. Merci à tous ceux qui ont pu être dispo et vraiment désolés pour ceux qu’on a raté.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, c’est ce qu’à dû se dire Thomas en réservant les billets d’avions, résultat : un Paris – Londres avec une nuit chez Anik, puis réveil à 2h du matin pour un Londres – Madrid et enfin cerise sur le gâteau un Madrid – Lima avec Iberia. Certes l’Espagne est en crise, certes Iberia a été racheté par British Airways mais quand même : 13h de vol sans aucun film, ni TV collective à bord, un vulgaire sandwich en guise de petit déjeuner – déjeuner, des sièges abimés par le temps et des hôtesses qui n’ont pas changé depuis la fin de la seconde guerre mondiale, vraiment, Iberia c’est plus ce que c’était  !

Arrivés à Lima, les premières images de l’Amérique latine commencent à défiler sous nos yeux depuis la banquette arrière de notre taxi. Dans la rue, contrairement à l’Asie aucun deux roues, uniquement des colectivos (mini bus pour locaux) et des taxis. Par contre comme en Asie la street food est partout le long de la route, l’occasion de finir en beauté cette interminable journée par une dégustation d’anticuchos (brochettes de cœur de bœuf), la spécialité locale. Le lendemain, décalage horaire oblige, nous serons debout dès 6h, direction le centre ville de Lima à 45 minutes en colectivo. A l’intérieur salsa et reggaeton résonnent déjà dans le transistor, cette fois c’est sûr l’Asie et ses Karaokés sont loin derrière nous. Boycottée par la plupart des touristes, la ville de Lima a finalement bien plus à offrir  qu’on ne le croit, à commencer par la gastronomie la plus remarquable de tout le continent : Ceviche (tartare de poissons), papa (pomme de terre) a la huancaina, papas rellenas, anticuchos, humitas, tamales… bref tous ceux qui connaissent un minimum Emilie savent que nous n’avons rien négligé de la gastronomie locale. Pour ce qui est de la ville en elle-même, Lima de part sa situation géographique le long du Pacifique, est accrochée aux nuages la moitié de l’année ce qui lui confère une atmosphère quelque peu morose.  La grisaille de la capitale est néanmoins contrastée par les couleurs vives des bâtisses coloniales parfaitement préservées. Si Lima est encore délaissée par bon nombre de touristes c’est aussi qu’elle a la réputation d’une ville dangereuse. En réalité la ville n’est plus aussi risquée que par le passé, époque à laquelle les touristes se faisaient régulièrement détroussés à la vue de tous ! Au final il suffit de respecter quelques règles élémentaires à l’heure de grimper dans un taxi ou de choisir une compagnie de bus ; et surtout ne jamais quitter son sac des yeux ne serait-ce qu’une demi-seconde (comme à Paris en somme), sans quoi il y a fort à parier que vous finirez par apparaître dans l’une des nombreuses émissions télé relatant les faits divers de la capitale et dont les images passent en boucle dans chacun des terminaux de bus ! A Lima nous ferons la connaissance de 4 argentins avec lesquels nous partagerons un dortoir. Après une mise en jambe pleine d’incompréhensions :

  • «- Me chamo Natalia, y tu como che chama ?
  • - Heuuu quoi? Chameaux, Chamé de que estamos hablando ? »

Nous finirons par sympathiser avec nos compagnons de chambrée, mais bon, une chose est sûre l’accent argentin c’est pas gagné !

Au réveil départ en Bus pour Trujillo, vérification des passeports, puis fouille, avant d’être filmés, on se croirait à l’aéroport. Bon nombre de compagnies de bus agissent ainsi afin d’éviter les agressions et arraisonnements de bus encore fréquents dans certaines régions du pays, d’ailleurs les compagnies réputées sérieuses ( les plus chères forcément !) ne s’arrêtent jamais entre le départ et la destination finale. La sortie de Lima nous permet de découvrir la partie de la ville la plus démunie entre favélas et  bidonvilles. Ici le visage de la misère nous parait plus dur et plus triste que sur le continent asiatique (exception faite du Népal), peu de sourires et plus qu’ailleurs, la pauvreté semble être ici empreinte de violences et de drogues. Une fois Lima définitivement derrière nous, nous commencerons à en prendre plein les yeux, le tracé semble tout droit sorti d’un film avec d’un coté la côte escarpée du pacifique et de l’autre le désert.

Première visite de la ville de Trujillo, sur la Plaza de Armas (équivalent des Plaza Mayor espagnols), les bâtisses coloniales jaunes, bleues et rouges toutes ornées de blanc sont superbes. En plus, c’est notre jour de chance, aujourd’hui  28 juillet le Pérou célèbre son indépendance, il y a 92 ans tout juste le pays se défaisait du joug espagnol ; résultat défilés, danses et costumes, un véritable medley de toutes les cultures qui définissent aujourd’hui le pays. Le maire de la ville harangue la foule par des « que viva el Peru, Peru te quiero, orgulloso por ser peruano » (vive le Pérou, Pérou je t’aime et je suis fier d’être péruvien). Arrivés sur le tard nous sommes un peu loin des premiers rangs, pour autant Emilie n’en manquera pas une goutte, et pour cause les péruviens sont particulièrement proches du sol ! Emilie est plus grande que  les ¾ de la population, conséquence même au 10ème rang nous sommes toujours bien placés. Dans la foule devant nous des grand mères s’en prennent verbalement à des agents de police placés devant elles, les empêchant de profiter pleinement du spectacle. Encore un autre contraste avec l’Asie où l’autorité ne semblait que très rarement remise en cause. Ici personne ne se retient à l’heure d’exprimer le fond de sa pensée, même face à l’autorité.

Le soir même départ en bus de nuit pour Caraz, une ville de 10.000 âmes en plein cœur de la cordillère blanche des Andes. Une fois sur place mauvaise surprise cette fois, fête de la ville oblige tous les logements sont pris d’assaut. Il nous faudra 4h pour trouver une chambre libre. Nous finirons dans une chambre à 40 soles (12€) après une rude négociation qui tournera au ridicule. Après nous être mis d’accord sur une chambre simple avec la responsable, Thomas revient et tombe cette fois sur son mari :

  • « - Je viens pour la chambre simple à 40 soles.
  • - C’est la dernière qu’il me reste, voilà les clés
  • - Très bien je préviens mon amie
  • - Ha parce que vous êtes 2 ? Dans ce cas c’est le double c’est 70 soles !
  • - Bah non le double ça serait 80 et en plus la chambre double coûte seulement 50 soles, ça n’a aucun sens de me faire payer 70 soles pour une simple sous prétexte que nous sommes 2 !
  • - Bon écoute tu commences à m’embrouiller, je sais pas moi, tu la prends ou pas ma chambre ?
  • - En fait laisse moi parler avec ta femme parce que sinon on va jamais y arriver… »

Bref on est au Pérou et parfois les choses les plus simples peuvent prendre des tournures absurdes… Pour ce qui est de la ville nous sommes dans un petit coin de paradis entre palmiers et pics enneigés. Ici comme dans le reste du pays les gens sont naturellement avenants et sympathiques, c’est ainsi que nous terminerons dans le jardin d’un habitant à manger un pacha manca (spécialité andine).

En tout nous resterons 5 jours à Caraz, avec à la clé une première excursion afin de s’acclimater à l’altitude au lac Llanganuco, un lac couleur turquoise à 3900m. Le lendemain nous partons tous les 2 pour dormir cette fois à 4200m au lac Paron. La balade commence à 3000m en plein soleil. Les 2 premières heures seront des plus agréables entourés de murs de granit de plus de 1500m de haut. Oui mais voilà le garde forestier nous a dit qu’il nous faudrait 2h pour atteindre le lac en prenant les raccourcis. N’en trouvant que certains, nous mettrons 5h15, la balade prenant des allures d’enfer en plein cagnard et avec trop peu d’eau pour s’hydrater ! Une fois là-haut néanmoins le paysage est fantastique, un lac émeraude entouré d’une superbe chaîne montagneuse culminant à plus de 7000m, dont le fameux pic Paramount (celui du cinéma) qui nous demandera 3h de marche supplémentaires ! Il est 18h le soleil commence à se coucher, le froid fait son apparition, vite il faut monter la tente. Il est 18h45, la tente ne ressemble à rien, tant pis on se faufile à l’intérieur, nous ne bougerons plus jusqu’au réveil. Pour autant la nuit sera particulièrement désagréable, le mal des montagnes fera son apparition : mal de tête, pas d’appétit, fourmis dans les doigts puis dans la tête, l’angoisse ; sans compter que nous sommes seuls ici en pleine nuit à 4200m. Nous finirons cela dit par trouver le sommeil quelques heures avant de redescendre à l’aube le lendemain. Sur le chemin du retour nous croiserons un taxi à 10km de l’arrivée lequel nous proposera de nous ramener pour 3 fois rien, à peine le temps d’un regard que nous étions déjà affalés sur sa banquette arrière ! Nous rentrerons à l’hôtel épuisés comme jamais après avoir fait 35km en un jour et demi entre 3000m et 4000m d’altitude.

Retour à Lima pour 2 jours de transition avant de repartir vers le centre. L’occasion de fêter avec un mois d’avance l’anniversaire d’Emilie chez Astrid et Gaston, « Le » restaurant gastronomique du pays. Au menu 23 plats autour du thème « el viaje » (le voyage !!), coïncidence ou destin nous n’aurions manqué cela pour rien au monde! Le menu relate le voyage d’un migrant italien vers le Pérou au siècle dernier. Tout est scénarisé : de la musique à la présentation qui inclut même une valise remplies d’antipasti cuisinés par la maman pour le trajet du fils qui quitte le pays. Pour ce qui est du repas, tous les produits locaux y passent et sont cuisinés à la perfection et sous toutes les formes : Terrine de cochon d’inde, cocktail solide et sandwich jambon fromage à l’azote, une vraie expérience culinaire…Derrière nous un critique gastronomique passera le repas à faire des grimaces ou des sourires à chacune de ses bouchées.

Lima c’est bel et bien terminé, nous partons une fois n’est pas coutume en bus de nuit pour rejoindre la ville d’Ayacucho pour quelques jours. Ici, les rues de la ville ont conservé tout leur charme, Ayacucho se targue même d’être la ville péruvienne qui compte le plus d’église au mètre carré. Pourtant à l’ origine les péruviens avaient bien d’autres croyances, mais l’arrivée des conquistadors espagnols à quelque peu changé la donne. La colonisation dans toute sa splendeur : pillages en règle puis destructions des temples incas, constructions d’églises sur les ruines incas avant de mettre en place l’une des plus sanglantes périodes de l’histoire du pays (l’inquisition). Du coup, au beau milieu des hauts plateaux, la ville d’Ayacucho offre un aperçu révélateur sur son passé de ville coloniale. Mais elle est aussi et surtout le berceau du sentier lumineux, mouvement terroriste du professeur Guzman né dans les années 80 et dont l’objectif était de renverser le pouvoir. Aujourd’hui, les milliers de victimes du sentier lumineux semblent loin derrière et quelques touristes commencent à s’aventurer de nouveaux dans la ville. Pour ce qui est du reste, nous ferons encore une fois la part belle à la gastronomie, entre grillades, viande d’alpaga (sorte de lama) et sandwich de léchon (cochon de lait).

Notre visite du nord et du centre du Pérou touche à sa fin. Si nous avons avant tout été séduits par la gentillesse de nos hôtes, leurs gastronomies et les paysages parcourus, l’absence de touristes dans cette partie du pays a rendu notre périple encore plus agréable. Nous partons le lendemain pour visiter la partie sud du pays connue pour être bien plus prisée des touristes.

Machu Picchu nous voilà…