Bolivie

Bolivie

Notre périple en Bolivie commence par une traversée de l’Altiplano en bus à 3500 m d’altitude entourés de montagnes impressionnantes, le tout éclairé par un ciel remplis d’étoiles, avant d’atteindre  enfin notre objectif au petit matin : Copacabana. Au premier coup d’œil Copacabana n’a rien à voir avec son homonyme brésilienne, en y regardant de plus près c’est encore pire, la ville n’a aucun charme et ici plus qu’ailleurs l’environnement est tout sauf une priorité, des bouteilles en plastique et en verre recouvrent le sol ici et là. Au final peu importe, nous ne sommes pas ici pour visiter la vilaine Copacabana mais bien pour rejoindre l’Isla del Sol  à 2h de bateau sur le plus mystérieux lac de la planète. Perché à 3900m d’altitude, juste à la frontière entre le Pérou et la Bolivie, le Titicaca grand  comme la Corse est le lac de tous les superlatifs, les incas le considéraient même comme le berceau de leur civilisation. Depuis le toit de notre bateau, nous ne perdrons pas une goutte du trajet, l’eau transparente scintille sous le soleil et au loin la cordillère des Andes semble surgir de nulle part. Une fois débarqués depuis la partie nord, nous partirons pour une longue balade de 3h à longer la côte puis traverser le maquis pour enfin atteindre la crête de l’ile avec panorama de 360° sur l’immensité du lac. Le temps d’un pique nique puis d’une sieste, nous repartons à travers les villages du centre de l’île à la recherche d’un logement. Si la chambre est basique, la vue depuis le lit est époustouflante, le coucher de soleil sera d’ailleurs mémorable. Le lendemain : visite des ruines de la partie sud avec Christine une journaliste française rencontrée la veille avec laquelle nous discuterons jusqu’où bout de la nuit. Déjà l’heure de quitter notre île féerique et de revenir sur la terre ferme.

De retour à Copacabana, nous prendrons un bus au plus vite direction la capitale économique du pays, La Paz à 3h30 de route. Là encore nous ferons la connaissance d’Edwin, un péruvien vivant à Barcelone avec qui nous nous perdrons des heures durant dans la vieille ville entre monuments coloniaux, églises et marchés. Nous finirons chez Jacky Chan, un restaurant chinois des plus inattendus ! Notre logement, un peu fatigué par le temps n’est pas du tout chauffé, il y fait aussi froid que dehors. Quant à l’eau chaude, une supercherie ! En effet, en Bolivie le sport national pour les hôteliers consiste à certifier que « si si agua caliente 24 horas al dia » mais la réalité c’est que non non l’eau chaude ça n’existe pas dans ce pays ! Entre des températures dignes de Sibérie, les douches froides du matin et la fatigue accumulée au Pérou, nous commençons par devenir quelque peu bougons, du coup il est temps de quitter la tentaculaire capitale pour partir se reposer dans les Yungas.

Nous décidons de mettre les voiles pour une petite  semaine à Sorata ville de 1500 âmes, l’objectif, se reposer dans un petit village au plus près des locaux et finir par 3 jours de trek dans la région. Arrivés sur place première déception, la ville à moitié détruite n’a plus grand-chose à voir avec la description faite par notre guide. Nous mettons quand même la main sur l’hôtel Mirador référencé là encore dans notre bible. Accueil assez froid du propriétaire mais chambre correcte. Si la ville n’offre rien à faire de spécial nous partons tout de même flâner autour de la place centrale et du marché, histoire de se mêler à la population locale. Échec total, pire nous commençons à sentir un sentiment de mal être vis-à-vis de la population bolivienne. Très peu souriants, les boliviens rencontrés semblent surtout complètement indifférents aux touristes et  ne comptez pas sur eux si vous avez besoin d’aide, tout le contraire de nos attentes vis-à-vis de cette population. De retour à l’hôtel pour une douche froide, Thomas part demander la télécommande de la TV de notre chambre au fils du propriétaire. Le propriétaire ne voyant pas Thomas dans le couloir répondra d’un lapidaire, « ils commencent à nous faire chier ces gringos de merde »… S’en est trop, explication virulente avec le propriétaire de mauvaise foi, retour dans la chambre, « c’est bon t’as la télécommande ? » « Non Emilie, je n’ai pas cette foutue télécommande, mais tu fais ton sac on s’en va » ! Le moral est au plus bas, tout comme notre relation avec les boliviens, on commence même à regretter l’Asie et les locaux que nous ne pouvions pas comprendre ! A ce moment là l’idée de quitter le pays au plus vite commence à faire son chemin dans nos têtes. Nous quittons donc Sorata après 16h sur place, échec total pour ce qui devait être notre semaine de repos et d’intégration auprès de la population locale.

Retour à La Paz puis départ immédiat pour Cochabamba plus au sud. Dans le bus, nous décidons d’un commun accord que la semaine initialement prévue dans les Yungas sera remplacée par une semaine sur l’Ile de Pâques au Chili pour un budget 10 fois supérieur, mais bon…

En ce qui concerne la ville de Cochabamba, c’est une véritable ville-marché, à l’image de la Concha le marché le plus dense, étouffant et bruyant du pays. Tout le monde y vend quelque chose, des stylos aux légumes en passant par des chaussures et des meubles en bois. Ici l’accueil des locaux semble y être plus chaleureux, peut-être lié au climat de la région bien plus ensoleillé… Après le marché de la Concha nous partirons visiter ce qui fait la renommé de la ville, le Mont San Pedro au-dessus duquel règne la plus grande statue du Christ au monde. Elle dépasse de quelques 44 centimètres le célèbre Cristo Redentor de Rio de Janeiro (haut de 33 mètres pour symboliser l’âge du Christ). Les habitants de Cochabamba se justifient en affirmant que le Christ a vécu 33 ans et des brouettes…

Après les marchés de Cochabamba on continue vers le sud direction Sucre capitale officielle et plus belle ville du pays. C’est (enfin !) notre jour de chance, en ce 1er septembre la ville est interdite aux voitures, l’occasion de déambuler dans les rues de la ville au milieu des jeunes locaux qui en profitent pour apprendre à faire du vélo et du roller ; cerise sur le gâteau nous avons de l’eau chaude dans notre auberge. Un tour approfondi de la ville le lendemain nous permettra de visiter les couvents de la ville. Le couvent De Neri d’un blanc immaculé nous emmènera sur les toits de la ville ; de là on comprend mieux le surnom de « ville blanche » donné à Sucre. En tout nous resterons une petite semaine à Sucre et pour cause, nous ressentons l’un comme l’autre de plus en plus la fatigue accumulée des 8 derniers mois de voyage. Nous en profiterons d’ailleurs pour faire la connaissance de Laetitia et Alexis un couple français de tourdumondiste avec lequel nous partirons pour la Ville de Potosi. Arrivés à 15km de Potosi, nous serons bloqués par un barrage de grévistes mineurs. Au passage les boliviens se présentent comme des grévistes hors pair et pourraient même prétendre à dépasser le modèle en la matière (la France) tant la grève est entrée dans les mœurs en Bolivie. Après 2h à attendre, le chauffeur de bus nous fait part de son scepticisme quant à un accord entre syndicats et patrons. N’ayant aucune intention de passer la nuit dans le bus nous prenons le parti de traverser le barrage à pied avec nos sacs à dos. Par chance nous serons pris en stop de l’autre coté par un camion benne après seulement 30 minutes de marche qui nous fera passer par les carrières de la mine en grève (peut être pas si malin !) Autrefois considérée comme la plus prospère et la plus grande cité des Amériques (voire du monde d’après les Boliviens !), Potosi est aujourd’hui bien loin de son image d’Eldorado d’antan. En effet, même si la ville continue à vivre au rythme des mines, la majeure partie de l’argent a malheureusement disparu en même temps que les conquistadors espagnols ! Initialement réfractaire à visiter les mines, Emilie se laissera convaincre par le discours d’un ancien mineur. C’est donc vêtus d’une tenue de protection : casque, combi, lampe frontale que nous entrerons dans cet univers inconnu. La visite nous emmènera tour à tour sur le marché des mineurs (où l’on achète dynamite, feuilles de coca, alcool…), puis à l’usine de séparation des minerais avant de pénétrer les entrailles de la mine elle-même. 2 heures à traverser la mine à côtoyer les mineurs, des instants propices aux échanges et aux confidences ; l’occasion de s’apercevoir que les mineurs forment une grande famille, bourrée de sens de l’humour, toujours prêts à positiver malgré des conditions de travail harassantes ; ainsi vivent les mineurs !

Nous quittons la région des mines, direction Tupiza à 6 heures de bus vers le sud, point de départ pour le fameux Salar d’Uyuni. Nous aurons 2 jours à tuer avant le départ pour ce tour, nous en profiterons alors pour fêter comme il se doit les 29 ans d’Emilie. Cette fois-ci point de bon resto ni de belle bouteille mais un triathlon dans les environs de la ville, 9 mois de voyage ça vous change une femme ! Au programme : une matinée de marche entre canyons, cactus au côté de David, notre guide avenant, sympathique, et très ouvert d’esprit, de quoi largement nous réconcilier avec ses compatriotes. Après quoi, la journée continuera par 2h30 de cheval, une première pour l’un comme pour l’autre, le tout en mode Sundance Kid et Butch Cassidy (c’est en effet ici même que l’histoire de ces célèbres bandits a pris fin en 1908). Ce triathlon s’achèvera par une descente de 40 minutes en VTT, autant vous dire que le soir venu les courbatures se laissaient déjà sentir, sans parler de l’état de nos postérieurs !

Au réveil, départ pour 4 jours en jeep vers le Salar d’Uyuni et le Sud Lipez. Nous ferons alors la connaissance de notre chauffeur Victor Hugo (ça ne s’invente pas !) et de sa femme Soledad, notre cuisinière, là encore un couple qui nous réconciliera avec nos hôtes boliviens. Nous partagerons aussi la jeep avec un couple de françaises Ségo et Géraldine avec lesquelles nous nous entendrons à merveille ! Pour ce qui est du tour en lui-même, nous passerons 4 jours inoubliables avec au programme de somptueux paysages : des lagunes verte turquoise, noire et rose où logent des centaines de flamands roses ; sans oublier la vallée del Encanto et ses gigantesques formations de sables, les canyons d’Italia Perdida, une balade entre les geysers à 5000m d’altitude ainsi qu’une baignade dans les sources chaudes au beau milieu d’un décor de rêve composé d’une lagune couleur émeraude, du désert de Dali et de volcans. Le 3ème soir, nous dormirons à la frontière du Salar, dans un hôtel de sel. Si de l’extérieur l’hôtel semble quelque peu banal, à l’intérieur c’est une autre affaire : du gros sel fait office de sol, bloc de sel en guise de sommier, tables et murs entièrement fait de sel, le tout d’une teinte blanc immaculé. Malheureusement nous n’y passerons qu’une courte nuit, lever de soleil oblige, départ tant attendu à 4h du matin pour enfin s’aventurer dans le Salar. Nous voilà donc au milieu du Salar d’Uyuni sur l’île Incahuasi remplie de cactus pouvant atteindre 5 à 7 mètres de hauteur. Nous assisterons au lever du soleil de cet endroit magique, quelque peu frisquet puis nous mettrons les voiles vers le nord du Salar. Thomas se verra offrir le luxe de conduire la jeep, rien à droite, rien à gauche et sous les pneus le craquement des alvéoles de sel que nous traversons. C’est l’heure de la session photo, l’occasion de jouer avec ce paysage hors du commun et de sa perspective si particulière ! Le Salar c’est terminé, nous aurons passés 4 jours absolument fabuleux, pour ce qui restera à coup sûr comme l’un des plus beaux moments de notre périple !

La nuit suivante sera encore une fois des plus courtes, réveil à 2h45 du matin, direction Calama au Chili. Qui dit changement de pays, dit passage de frontière, celui-ci sera des plus pénibles : 5 heures d’attente puis une fouille approfondie de tous les sacs, bref il ne fait pas bon être bolivien à la frontière chilienne.