Inde du Nord : De Varanasi à Delhi

Inde du Nord : De Varanasi à Delhi

 

Atterrissage à l’aéroport de Varanasi pour les 15 derniers jours de notre aventure. A la sortie de l’avion nous démarchons 2 italiens et un voyageur d’Alaska (suffisamment rare pour être signalé) afin de partager un taxi. Si la négociation est âpre, nous parvenons malgré tout à nous en sortir pour pas trop cher en payant à l’avance à la borne de taxi de l’aéroport. Après 50 mètres, le taxi s’arrête à un pseudo péage, le chauffeur se retourne vers nous et nous redemande un supplément qu’il s’était bien gardé de mentionner. On râle, on s’insulte, le chauffeur nous fait comprendre que nous pouvons très bien y aller à pied, après tout la ville n’est qu’à 20 km et la température extérieure de seulement 40°, bienvenu dans le nord de l’Inde !

Nous voici enfin à Varanasi, ville sacrée par excellence. Considérée comme l’une des plus vieilles villes au monde et dédiée à Shiva, elle constitue un passage obligé dans la vie d’un hindou.  En réalité hindou ou non, Varanasi est une ville qui marque les esprits, de celles dont on aime ou déteste se souvenir. Nous ne dérogerons pas à la règle, pour nous c’est clair il y aura un avant et un après Varanasi. Perdus dans les ruelles étroites de la vieille ville on croise vaches, chèvres mais aussi des chiens qui se battent avec des singes. Tout ce petit monde faisant ses besoins dans la rue nous vous passerons les détails sur la propreté des rues de Varanasi… Le dédale des minuscules ruelles est oppressant, le passage des animaux succède à celui des vélos, l’extrême  pauvreté laisse par moment place aux rabatteurs près à vous vendre du tissu, une nuit d’hôtel, un tour en bateau… Marrakech à côté c’est Val d’Europe ! Malgré tout on y revient, presque curieux en se demandant quelle surprise nous réserve le prochain virage. A Varanasi nous resterons 4 jours, dont les 2 premiers en compagnie de Moon (Lune), le voyageur d’Alaska. Notre curiosité pour Moon sa région et sa culture laisse cependant rapidement place à de la déception. C’est avant tout un américain, qui quand il ne boit pas des bières qu’il sort de son sac à dos comme d’une glacière,  prononcent des phrases qui se résument à des « I guess, no I mean, dude you know yeah ? fucking shit man » bref il est là, tu crois qu’il va dire quelque chose, des sons sortent de sa bouche mais en fait il n’a rien à dire ! Le soir venu, nous laissons Moon et la vieille ville pour rejoindre les berges du Gange le temps de la cérémonie Ganga Aarti, rituel hindou d’offrande à la déesse Gange. Cette scène qui se répète quotidiennement attire chaque soir des milliers de fidèles venus à pied ou en bateau. Dans une ambiance indescriptible entretenue par les chants et le bruit étourdissant des carillons, les maîtres de cérémonie brûlent des mèches imbibées de ghi (beurre clarifié) dont les couleurs se reflètent dans le Gange. Au réveil le lendemain nous descendrons cette fois le Gange en bateau pour un lever de soleil hors du temps à contempler les ablutions des fidèles au petit matin, mais aussi les femmes laver leur linge en contrebas des escaliers donnant sur le fleuve, avant de terminer notre voyage dans un ghât crématoire. C’est ici que sont brûlés les corps des fidèles, autour du corps calciné, on ne retrouve quasiment que des hommes, les femmes, elles, préfèrent ne pas assister à la cérémonie de peur de verser une larme, et pour cause il est interdit de pleurer lors de la crémation, faute de quoi le corps ne rejoindrait pas le nirvana. Une fois les cendres emportées par la rivière, il reste parfois quelques morceaux au sol, immédiatement récupérés par les chiens du quartier, il est 6h du matin, Emilie est toute pâle. Pour le reste si la nourriture est toujours aussi bonne en Inde, le ventre de Thomas commence à faire des bruits qui n’annoncent rien de bon. Ce soir nous laissons derrière nous l’incroyable Varanasi, en route pour la station de train pour ce qui sera notre premier train de nuit direction Khajurâho. Cependant l’excitation va très vite retombée, nous sommes seuls dans le wagon, personne avec qui échanger, personne pour nous proposer de partager son repas, il ne nous reste plus qu’à lire puis dormir.

C’est avec 4 heures de retard que nous mettrons les pieds le lendemain à Khajurâho. Au guidon de nos très vieux vélo indiens loués pour l’occasion, nous découvrirons les alentours des temples du sud et de l’est, le temps d’un après midi avant de finir notre journée dans le vieux village aux ruelles si étroites à slalomer entre vaches et cochons. Au réveil le lendemain à 5h30 du matin nous partons pour les temples ouest, sur lesquels se mêlent les divinités hindous ainsi que des sculptures érotiques représentant certaines des positions du kamasutra. Utilisées à l’époque pour l’éducation sexuelle, les sculptures qui ornent les temples de Khajurâho avaient aussi dans l’idée de rapprocher les croyants des dieux par l’intermédiaire du sentiment d’extase conséquence de l’acte sexuel. Notre passage dans le village de Khajurâho correspond à la basse saison, résultat les jardins et ruelles  sont de véritables havre de paix, les hôtels sont vides, les temples uniquement pour nous et les prix revus à la baisse. Seul inconvénient le manque de passage dans les cuisines oblige parfois les restaurateurs à moins renouveler leur stock et donc à cuisiner des produits un peu moins frais. Le choix, très contestable ce soir là d’Emilie, de commander un raïta (yaourt aux légumes) ne laissera aucune chance à l’estomac de Thomas déjà en difficulté ces derniers jours. Nous resterons donc une journée de plus ici afin qu’Emilie se repose pendant que Thomas lui… perd du poids.

Après Khajurâho, place à Agra et son Taj Mahal comprenez « le Palais de la couronne », le fameux jour J pour Emilie qui attendait cela depuis son départ en tour du monde. Notre arrivée à Agra se fera en train de nuit, cette fois-ci nous arriverons avec deux heures d’avance, du coup il est 2h30 du matin. Pas l’idéal pour arriver dans notre hôtel réservé à l’avance. Réveil mis 3h plus tard pour le lever du jour sur la terrasse de l’hôtel face au Taj Mahal. Pas besoin de réveil finalement, les souris qui partagent notre chambre nous empêcheront de trouver le sommeil. Après la magie du lever de soleil, nous quitterons l’hôtel non sans heurts et sans insultes avec le propriétaire peu scrupuleux, afin de trouver un autre logement. Après une journée à flâner dans les rues d’Agra et une bonne nuit de récupération, nous prenons enfin rendez-vous avec le joyau de l’architecture Moghol. Mélange d’inspirations  islamique, iranienne, indienne et ottomane, le Taj Mahal n’est pas un palais comme son nom l’indique mais bien un mausolée érigé à partir de 1631par l’empereur Moghol Shâh Jahân en mémoire de son épouse Mumtaz Mahal (la lumière du palais) morte en donnant naissance à son quatorzième enfant. Par amour pour sa favorite, l’empereur va alors se lancer dans ce qui reste à ce jour comme le plus grandiose des édifices indiens : 20.000 ouvriers, 1500 éléphants, marbre blanc du Rajasthan, malachite du Tibet, lapis-lazuli du Sri Lanka, agate du Yémen et corail de la mer rouge. Aujourd’hui membre du très select club des « 7 nouvelles merveilles du monde »,  le Taj Mahal n’en reste pas moins une formidable source de mythes et légendes : la plus connue d’entre elles voulait qu’une réplique symétrique du Taj Mahal soit construite sur la rive gauche, en marbre noir cette fois, ou le corps de Shâh Jahän aurait dû reposer. Un empereur, lui-même au centre des légendes qui auraient couper la mains droite de tous les ouvriers du Taj Mahal pour s’assurer qu’ils ne puissent pas reproduire un chantier équivalent ailleurs dans le monde. Il est 9h des hordes de touristes commencent à faire leur apparition, peu à peu les lieux perdent de leur magie, le moment est venu de faire nos adieux au Taj Mahal, une dernière photo, puis un ultime point de vue, fin de la visite, retour en ville pour un petit déjeuner bien mérité. Après quoi, place à la visite du Fort Rouge d’Agra, en compagnie d’un guide indien dont l’anglais n’est visiblement pas le point fort. Nous n’apprendrons donc pas grand-chose avec lui, en même temps Thomas n’écoute plus depuis 15 bonnes minutes, l’air soucieux, le front dégoulinant, nous sommes au milieu du palais d’un blanc immaculé, c’est ici que l’estomac de Thomas décidera de lui jouer un dernier tour, il ne vaut mieux pas se louper, pas ici, ça risquerait de faire tâche ! C’est plié en quatre que Thomas s’adressera pour la première et dernière fois à notre guide « Toilette now ! », réponse de l’intéressé « heu maybe 200 meters on the left » « Comment ça maybe ? Putain 200 mètres en plus, j’y arriverai jamais… » C’est aussi ça la magie de l’Inde, avoir la chiasse à chaque fois que tu éternues. 

Agra c’est terminé, départ cet après midi pour le Rajasthan et plus précisément Jaipur, la ville rose. Oublier Toulouse, c’est ici dans la vielle ville et à l’intérieur des remparts qu’ont été repeintes chacune des façades en rose (couleur de bienvenu) afin d’accueillir le Prince Albert et son épouse la reine Victoria en 1876. Mais la capitale du Rajasthan ne saurait se résumer à la couleur de ses murs, elle a beaucoup plus à offrir, à commencer par les innombrables balcons du Waha Mahal, mais aussi son observatoire astronomique sans parler de ses marchands de tissus qui colorent les ruelles de la vieille ville dans un vacarme permanent.

Notre voyage en Inde touche bientôt à sa fin cela dit, il nous reste un passage obligé avant de quitter le pays : le cinéma. Au pays de Bollywood, comment ne pas mettre les pieds au moins une fois dans une salle de ciné ? C’est décidé ce soir on va se faire une toile. Alors oui, le film est en indien, oui l’intrigue n’est pas exceptionnelle, mais pour ce qui est de l’ambiance, rien à redire, les indiens sifflent et poussent des cris à chaque fois qu’une jolie femme apparaît à l’écran dans une atmosphère qui rappelle plus un match de foot qu’une soirée ciné. A l’entracte tous les indiens sans exceptions quittent les lieux pour revenir samossas et sandwich au panneer entre les mains. Ne sachant pas qu’il y avait une entracte Emilie avait déjà pris ses encas au début de la séance ! Après nos émotions cinématographiques, nous partons le lendemain visiter le Fort d’Amber, splendide édifice couleur jaune sable qui trône sur une montagne à 10km de Jaipur. Ancien siège du pouvoir royal aujourd’hui ville abandonnée, le Fort regorge de salles d’audiences, de jardins d’hiver et d’appartements privés le tout entrecoupé de couloirs et d’escaliers. Le rendu est spectaculaire et nous amène à la conclusion que nous devrons revenir en Inde pour visiter le reste du Rajasthan.

L’ultime étape de notre périple nous amène à Delhi capitale du pays. Si sur le papier le nom sonne un peu exotique, 15 minutes suffisent à la détester, car Delhi c’est avant tout  20 millions d’habitants, une circulation hors du commun, une extrême pauvreté à chaque coin de rue qui contraste avec les beaux magasins de la capitale, un fond sonore absolument insupportable à la longue  mais surtout un ciel gris alimenté par une pollution, la seconde plus élevée de la planète après Pékin. Bref New Dehli c’est l’endroit idéal pour terminer notre voyage en Inde et avoir envie de rentrer en France ! Malgré tout la capitale indienne peut se targuer de regrouper les plus grand bazars du pays, parfait pour nos dernières emplettes.

Et quand marcher dans les rues devient trop fatiguant direction les musées de la ville dont celui consacré à Gandhi, très poignant. D’ailleurs, celui que l’on surnomme « Mahatma » (la grande âme) s’impose comme le personnage clé de l’Inde et dont la vie est indissociable de l’histoire du pays. Un pays que nous quittons la tête pleine de souvenirs et de belles images, car au bout du compte si l’Inde reste le pays de tous les paradoxes, elle nous laissera un très bon souvenir ne serait-ce que pour sa culture empreinte de spiritualité et sa gastronomie savoureuse.

Ce matin nous faisons notre sac pour la dernière fois, nous arrivons au bout de ce qui restera comme la plus belle de nos aventures. Sur le chemin de l’aéroport, difficile de dire quel sentiment prédomine, forcément partagés entre la joie de retrouver la famille, nos amis et un peu de confort, mais à la fois conscient de ce que nous laissons derrière nous, une vie sans routine, où chaque jour apportait son lot de nouvelles rencontres et d’imprévus. Il est 15h, nous arrivons à Helsinki notre première escale, en sortant de l’avion l’Inde est déjà loin derrière nous, la chaleur aussi. Un dernier passage aux douanes et nous voici à Paris; retour à  une autre réalité…