Inde du Sud: du Tamil Nadu au Kerala

Inde du Sud: du Tamil Nadu au Kerala

Très attendu bien qu’un peu méfiant l’heure est enfin arrivée de mettre les pieds sur le territoire indien. Les retours entendus sur l’Inde de la part des voyageurs rencontrés ces 16 derniers mois sont toujours très tranchants, « c’est mon pays préféré » contrasté par le très fréquent « je n’y remettrai plus jamais les pieds, j’ai détesté », bref l’Inde ne laisse personne indifférent. Cela dit rien ne vaut sa propre expérience afin de pouvoir fonder nous même notre propre opinion sur le pays. Les 2 premières semaines dans le sud devraient nous permettre de nous acclimater tranquillement aux codes de la culture indienne avant d’enchaîner par 15 jours dans le nord réputé plus ardu.  

Notre arrivée se fait à Madras, capitale du Tamil Nadu et plus grande ville du sud. Quoi de mieux qu’une grande ville pour se mettre rapidement dans le bain. Nous avons vu juste, tout y est, le bruit discontinu des klaxons des 2 roues, Rickshaw et voitures, de même que les odeurs nauséabondes confortées par des températures proches de 40° en journée, bref nous voilà en Inde, on nous avait prévenu, nous ne sommes pas déçus. Premiers contacts avec l’administration indienne pour réserver nos trains en avance pour le mois à venir, et le moins que l’on puisse dire c’est que nous n’aurions jamais imaginé faire face à quelqu’un d’aussi compétent et organisé ; tous nos billets seront réservés en l’espace de 20 minutes, comme quoi !

Après 24h sur place, il est temps de quitter la ville de Madras pour rejoindre le village de Mamallapuram à 3h de bus. Autrefois port de pêche de la ville de Madras, le village est dorénavant prisé pour ses nombreux temples hindouistes. D’ailleurs aujourd’hui nous avons décidé de nous faire accompagner d’un guide local, afin de mieux cerner les bases de l’hindouisme de même que ses principales figures de Ganesh à Vishnu en passant par Shiva.

Toujours en bus nous rejoignons ensuite la ville de Pondichéry, une cité pour le moins  différente de ce que nous avions pu voir jusqu’à présent La ville se divise en 2 principaux quartiers, le premier, le Tamul est coloré, s’étend à l’ouest de la ville et renferme la plupart des bazars de la ville où sont entre autre vendus tissus, fruits et épices. Dans le quartier Français en bordure de la baie de Bengale, l’atmosphère y est toute autre, les avenues sont bien plus larges et habillées de trottoirs et même d’un système d’évacuation des eaux usées. Ici les anciennes demeures coloniales aux murs jaune moutarde sont désormais habitées par les castes les plus élevées de la ville ou transformées en Hôtel de luxe. C’est d’ailleurs ici que nous poserons nos valises, un beau cadeau d’Emilie pour les 30 ans de Thomas entre piscine, restaurant gastronomique indien et massage ayurvédique. Pour ce qui est du massage, rien à voir avec les massages relaxants, au programme donc un massage des plus toniques réalisés par deux molosses indiens moustachus, bref un long, très long moment à passer… Non content de son premier cadeau Emilie sera une nouvelle fois de mèche avec les employés de l’hôtel pour réserver à Thomas une dernière surprise. Pas de massage cette fois-ci mais un réveil à minuit par les employés de l’hôtel venus sonner à la porte avec un gâteau au chocolat. Au moment de souffler les bougies le second employé, jusque là silencieux au fond de la salle, entonnera un mythique « happy beurrday to you » avec un accent indien inoubliable, bref Thomas n’est pas près d’oublier ses 30 ans !

A Thanjavur nous reprenons rendez-vous avec l’hindouisme et plus précisément avec le temple de Brihadesvara classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Au menu, 2h de balade en fin de journée, à l’heure où les rayons du coucher de soleil se reflètent sur les murs ocres du temple, à l’heure également où les indiens se retrouvent en famille pour honorer leur divinité. Pour l’instant le plus dur reste le contact avec la population, non pas que les indiens ne soient pas avenants bien au contraire, mais le contact est rude, la tension est palpable en permanence, même entre eux les indiens donnent l’impression de passer leur vie à s’engueuler. Le body langage en Inde plus qu’ailleurs est âpre, résultat on souffle en permanence le chaud et le froid avec les locaux. Sans compter que le système de castes sur lequel repose en partie la religion hindouiste est lui-même un vecteur de malaise dans les relations au quotidien entre les indiens, les personnes issues des catégories supérieures faisant parfois preuve d’un mépris redoutable envers les castes inférieures. Si les nouvelles professions nées de la vie moderne ont quelque peu bousculé le précepte de caste, celui-ci reste la norme en ville comme en campagne.  

Départ de Thanjavur pour Madurai, une fois dans la station de bus c’est systématiquement le même cinéma, de bonne volonté tout le monde tient à nous aider, oui mais voilà, personne ne nous donne 2 fois de suite la même indication quant au bus dans lequel monter. Résultat nous montons parfois dans des bus sur le point de démarrer sans aucune certitude quant à la destination de celui-ci. Et pour ne rien arranger les indiens ont une gestuelle bien à eux, ils « dodelinent », c’est-à-dire qu’ils penchent la tête de droite à gauche plusieurs fois. Ils l’utilisent pour dire « ok », « peut être » ou encore « je ne sais pas »… à vous de choisir. Sauf que, si la gestuelle fait sourire au premier abord, elle est surtout source d’incertitude lorsqu’il est question de demander notre chemin.

La ville de Madurai dans laquelle nous finirons par arriver tant bien que mal est la deuxième plus grande ville du Tamil Nadu et surtout renommée pour son temple Minakshï qui attire nombreux pèlerins du sud de l’Inde. Notre visite du temple souterrain coïncidera avec une procession dans laquelle des centaines de fidèles défileront derrière un éléphant dans un vacarme surréaliste, un grand moment.

Après le Tamil Nadu nous arrivons enfin au Kerala, l’autre région du sud de l’Inde, et plus précisément à Munnar.  Oubliés les 40° et les siestes entre 14h et 16h, la ville située à 1600m d’altitude est un véritable havre de paix. Peu de circulation, des températures proches des 15° et des montagnes et collines à perte de vue habillées du vert des plantations de thé (les plus grandes du pays après celles du Darjeeling). Munnar est aussi le carrefour des négociants d’épices de tout le Kerala, résultat Emilie s’en donnera à cœur joie le temps d’un après-midi. Curry, thé, cumin, safran, cardamone, curcuma une véritable razzia et 5kg de plus dans nos sac à dos, merci Emilie. 

La montagne c’est terminé, retour sur la côte, mais cette fois-ci face à la mer d’Oman.  Allepey est le point de départ de ce qui se fait de mieux dans le sud de l’inde en matière de tourisme : les « Backwaters du Kerala ». C’est dans un labyrinthe de canaux (de plus de 1500km) que nous prendrons le temps de vivre au rythme de l’Inde rurale. Notre bateau réservé, nous partirons tous les deux le temps d’un week end accompagnés d’un cuisinier et du capitaine. Dans cet écrin de verdures parsemé de maisonnettes jaune et blanche, nous assisterons au quotidien des pêcheurs relevant leurs filets tandis que les femmes lavent leurs linges et leurs vaisselles depuis les berges avant de terminer la journée en savonnant leurs enfants tout juste rentrés de l’école. Bref ce sera pour nous la découverte d’une autre facette de l’Inde lors d’un joli voyage entre nature, traditions et échanges. D’ailleurs en terme d’échange les conversations avec le capitaine se porteront comme souvent en Inde sur notre situation de couple, avec en tête de liste cette première question qui revient systématiquement : « Êtes vous mariés ? » Question à laquelle nous répondons à l’unisson « oui, depuis un an » en montrant l’alliance qu’Emilie a acheté pour un euro en Indonésie afin d’éviter toute malveillance ou polémique dans un pays où la place de la femme a de quoi laisser perplexe. La suite de la conversation nous apprendra que dans le sud de l’Inde, la norme reste le mariage arrangé entre familles. Le clou du spectacle interviendra quand, pour provoquer notre interlocuteur, nous ferons allusion au mariage homosexuel fraîchement reconnu en France. Le regard livide de notre capitaine en dit long sur son incompréhension, avant de se reprendre le sourire aux lèvres : « tu dis des bêtises Thomas n’est-ce pas, ce n’est pas possible, ça n’existe pas hein ? 

- Si, si je te jure c’est la vérité. 

- Mais deux hommes ensemble ne peuvent pas faire des enfants, c’est stupide… » 

Bref un grand choc des cultures comme on les aime.

Notre périple dans le sud de l’Inde prendra fin à Cochin, ville bohème en bordure de mer entre repos, lecture et cours de cuisine indienne. D’ailleurs si il est une chose que l’on ne peut remettre en doute après nos 15 premiers jours en Inde, c’est bien la qualité et la variété de la gastronomie indienne. Des légumes, du paneer, des naans, des épices un véritable festin à des prix défiants toute concurrence. Seul bémol nous avons du faire une croix sur la viande. Il faut dire qu’entre le bœuf, animal sacré et donc défendu à la consommation, et la vision quotidienne de poules et cochons  mangeant plastique et polystyrène dans les rues de la ville, il y a de quoi devenir végétarien.

Ce matin, 21 Avril, marque la fin de notre aventure dans le sud de l’Inde, c’est en avion que nous rejoignons le nord et Varanasi pour les 2 dernières semaines de notre voyage.