Argentine Nord

Argentine Nord

Lundi 7 novembre, 17h, nous foulons enfin le sol argentin dans la jolie ville de Mendoza. Vite un logement, une douche et direction le centre ville. Il est 18h30 nous sommes attablés en compagnie d’une bouteille de Malbec et d’un énorme morceau de bœuf argentin. Si le Malbec est de prime abord un peu fort pour un palais français, la viande, elle, ne laisse aucune place à la critique !  Ici, comme à Madrid, on vit dehors, dès la tombée de la nuit, toutes les places, bars et restaurants en terrasse sont pris d’assaut.

En débarquant dans un pays grand comme 5 fois la France, nous nous attendions à faire des kilomètres. Si l’avion conviendrait à merveille aux aspirations du voyageur pressé, il nous priverait néanmoins des paysages, sans parler de l’aspect financier peu en adéquation avec notre budget ! C’est donc décidé, pour éviter de se fâcher avec notre banquier, nous prendrons le bus. Nous commencerons donc en douceur par 18h de bus pour rejoindre la ville de Salta tout au nord du pays.

Si nous n’avons toujours pas compris les raisons qui ont poussé les argentins à surnommer la ville Salta la linda (la jolie), nous savons en revanche que les alentours doivent être absolument visités. Et quoi de mieux pour ce faire qu’une location de voiture nous diriez-vous ? Direction le loueur de voitures du coin accompagnés du permis d’Emilie (Thomas a oublié le sien à Paris) et d’une bonne dose de notre leitmotiv habituel « pour nous ce sera la solution la moins chère qui soit, mais avec une réduction si tu vois c’que j’veux dire… ». Le résultat est sans appel : Fiat Uno Fire rouge, tout est dans le Fire !  C’est donc à bord de notre Ferrari rouge vif que nous partons 6 jours nous aventurer dans la région de Salta, à commencer par le sud. Direction les vignes de Cafayate à travers la Quebrada de las Conchas, peu a peu la vallée devient plus étroite et la végétation aride. Des montagnes couleurs ocres et façonnées par l’eau et le vent surgissent ici et là de chaque coté de la route. Puis plus rien sur 10 km avant de tomber cette fois sur une forêt de pins plantée là sur des dunes de sable blanc. C’est à ce moment précis que l’asphalte disparaît pour laisser place à des routes en terre sinueuses et poussiéreuses, véritable régal pour la pilote beaucoup plus à l’aise dans la brousse argentine que sur le périph parisien ! Les villages que nous traversons sont quasi déserts mais tous disposent d’une église en parfait état…

Une fois la boucle sud terminée, place au nord et à l’Argentine andine, quasiment bolivienne et où le quechua reste encore la langue officielle. Après quelques heures de conduite éprouvantes entre salines, forêts de cactus et cols montagneux, on tombe finalement nez à nez avec les fameuses montagnes aux 7 couleurs de la ville de Pumamarca.  Notre Paris-Dakar s’achèvera par 60km de pistes vertigineuses entre vallées encaissées et gorges spectaculaires.  Après un ultime col à 4000m on découvre alors Iruya, petite ville du bout du monde organisée autour d’une église à flanc de montagne. Difficile d’imaginer que 4000 habitants vivent ici tant le chemin a été éprouvant.

Retour à Salta pour rendre la voiture puis direction Cordoba à 18h de bus. Nous resterons 2 jours dans cette ville étudiante pleine de vie au centre de laquelle le quartier jésuite regorge d’églises toutes plus belles les unes que les autres, sans parler des universités vieilles de 500 ans. Les jésuites qui ne dépendaient ni du trône Espagnol ni portugais tentèrent d’évangéliser les indigènes en proposant une société plus juste et avant-gardiste. A l’inverse des colonisations espagnole et portugaise au centre desquelles esclavagisme et expropriations étaient monnaie courante. Finalement l’utopie jésuite prendra fin sur ordre du pape et des armées ibériques…

A peine le temps de profiter de la douceur de Cordoba que nous mettons les voiles pour Iguazu à 23h de bus. Au réveil le paysage a complètement changé, depuis les vitres du bus défilent une végétation verdoyante, des toits en taule et une terre rouge. Plus de doute on se rapproche de la jungle. Pas trop quand même…on s’en tiendra à la petite ville de Puerto Iguazu pour explorer l’une des merveilles (naturelles) du monde : les fameuses chutes d’Iguazu.  Nous passerons en tout et pour tout 2 jours pour faire le tour des 200 chutes (sur un front de 2,7km), le premier du côté argentin sous un soleil de plomb ; seul inconvénient nous sommes dimanche, résultat il nous faut accepter de partager le parc avec bon nombre de visiteurs. Malgré tout nous passerons une journée parfaite à observer la faune du parc tout au long des allées faites de passerelles en bois. A chaque mirador la découverte d’une ou plusieurs cascades systématiquement accompagnées d’un arc en ciel. Nous nous paierons même le luxe d’une traversée en bateau afin d’apprécier d’encore plus près la puissance des chutes. Le lendemain, côté brésilien, le temps sera quelque peu différent, les arcs en ciels de la veille ont laissé place à la pluie et aux éclairs, quoi qu’il en soit, l’impression d’être tout petit en bas des chutes reste la même ! C’est l’heure de quitter la moiteur d’Iguazu direction la capitale à 24h de bus.

Buenos Aires ne ressemble en rien aux autres villes sud américaines que nous avons croisé jusque là, chaque quartier recèle une identité bien particulière avec à chaque fois une architecture différente, la faute peut-être aux vagues d’immigrations qui ont façonné la ville à la fin du XIXème siècle. D’ailleurs on dit ici que « si les mexicains descendent des Aztèques, les péruviens des Incas, les Argentins eux descendent des bateaux… » Nous déciderons de prendre nos quartiers dans le barrio de San Telmo situé dans le centre historique de la ville et réputé pour ses antiquaires et sa brocante du dimanche. Il est 19h, la brocante touche à sa fin, place au tango, tout le monde y vient pour danser, jeunes et plus vieux, peu importe le niveau tout le monde danse sur des aires de tango  qui nous ramène quelques décennies en arrière… Nous profiterons donc d’être dans la capitale mondiale du tango pour prendre une leçon, histoire d’acquérir les pas de base… et le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas évident !

Si le tango occupe une place importante dans le cœur des porteños (habitants de BA), le football reste le sujet de conversation préféré de la gente masculine. Pas un bar, un restaurant ou un kiosque sans une télé ou un transistor retransmettant un match local ou européen sur fond de GOOAAALLL résonant dans les rues de la ville. A BA, plus qu’ailleurs les argentins sont fous de foot c’est peu de le dire, et à chaque quartier son équipe, on dit d’ailleurs qu’en Argentine « on peut changer de religion, de parti politique ou de femme mais jamais au grand jamais on ne change d’équipe ! » Que ce soit à l’échelle de la ville ou du pays, la crème de la crème en terme de ferveur reste Boca Junior et sa fameuse Bombonera, véritable temple du football mondial (dixit Maradona). Ce soir c’est soir de match de championnat et Thomas a réussi à se procurer un billet, pas donné mais le jeu en vaudra largement la chandelle, victoire 2-0 de Boca Junior face à Santa Fe Colon et 90 min de chants et danses non stop pour une soirée mémorable.

En dehors du tango et du football BA a beaucoup à offrir, à commencer par ses alentours. Du coup ce matin nous prenons le train direction la ville de Tigre en banlieue de la ville. Ici le bateau remplace la voiture, nous passerons donc la journée à flâner le long du delta dans cet incroyable labyrinthe de canaux à côtoyer des demeures aussi belles les unes que les autres.

Retour à BA pour récupérer  notre tout premier covoyageur : la mère de Thomas ; avec elle nous passerons les 3 prochaines semaines jusqu’à la fin de notre périple argentin qui nous amènera à Ushuaia.  Pour commencer son périple en Argentine, quoi de mieux qu’un petit tour en… Uruguay dans la ville de Colonia à 2h de bateau de BA. Cette ancienne ville coloniale hors du temps aux murs défraichis et aux véhicules d’une autre époque nous offre un peu de répit loin de la tentaculaire capitale argentine.

Après quoi, visite des autres quartiers de la capitale argentine, à commencer par Palermo et la Recoleta fait d’architecture européenne et de parcs ombragés, dont le cimetière, sorte de Père Lachaise sud américain nous permet de retracer l’histoire du pays à travers les 5.000 tombes qu’il renferme. Le clou de la visite : la tombe d’Evita Perón, première femme du président Perón et véritable symbole des classes populaires argentines pour avoir entrepris dès 1945 quelques réformes sociales révolutionnaires pour l’époque : instauration d’un salaire minimum, réduction du temps de travail et obtention du droit de vote pour les femmes (avant que le général De Gaulle ne l’accorde aux françaises)…

Notre découverte de Buenos Aires se terminera dans le quartier de la Boca, autrefois le seul port de la ville d’où arrivaient les marins et immigrants. Et qui dit marin dit p… femmes de joies, ainsi les gens du coin avaient pris l’habitude de récupérer des pots de peintures (utilisés pour peindre la coque des bateaux) afin de peindre les bordels pour que les marins puissent les différencier des maisons familiales, c’est ainsi que la Boca est devenu le quartier touristique (bien que très populaire) réputés pour ces rues on ne peut plus colorées.

Après une semaine de rodage dans la capitale, notre covoyageur est désormais fin prête à aborder la vie de nomade qui nous caractérise depuis 10 mois : direction le sud et la Patagonie !