Myanmar Acte I

Myanmar Acte I

15 Mars, arrivée à l’aéroport de Yangon Birmanie (rebaptisée Myanmar il y a 10 ans dans l’indifférence la plus totale, et qui signifie les premiers habitants du monde). Il est 18h30 et dehors il fait une chaleur étouffante. Pas le temps de réfléchir vite un taxi direction le centre ville pour trouver un logement avant qu’il ne fasse nuit… trop tard il fait déjà nuit et nous sommes bloqués dans le trafic. Heureusement notre taxi n’est pas farouche, il est même plutôt marrant même si son accent indien complique un peu les choses. Il commence par nous apprendre quelques mots birmans, puis se livre peu à peu, parle de démocratie à venir pour le Myanmar, rêve de voyage en France et en Angleterre. En Angleterre, quelle drôle d’idée c’est tout pourri et plein d’anglais ! Oui mais je veux aller voir un match de foot à Lélapou. Lélapou ? Connais pas ! Mais si, il y a Steven Gerrard ! Ah Liverpool … La route vers le centre ville sera ponctuée de quelques incompréhensions mais restera comme notre première rencontre avec un birman. Nous mettrons 1h30 de plus à tourner avec notre chauffeur pour trouver un hôtel digne de ce nom. Tous sont full ou alors hors de prix (40$ pour des chambres dégueulasses). Nous finirons chez un ami à lui pour 20$, problème on n’a pas d’argent, c’est pas grave le taxi nous prête de quoi vivre pour ce soir, cette fois c’est sûr l’hospitalité birmane n’est pas une légende. Le Myanmar recommence à s’ouvrir depuis quelques années, mais les voyageurs se sont passés le mot. Résultat beaucoup de demandes et très peu d’offres de logements, c’est ce qui explique des prix si élevés pour des chambres d’un standing très très limite. En ouvrant la porte de la chambre nous verrons des cafards sous le lit, pire encore dans la salle de bain trône un sticker de Zlatan Ibrahimovic avec le maillot du PSG, dur dur le Myanmar pour Thomas ! Dans la rue, pas besoin de beaucoup marcher pour comprendre qu’ici, le soir venu, l’animation est très limitée voir inexistante. En fait, nous croiserons surtout des rats sur le trottoir, des très gros rats même. D’ailleurs ici les rats sont tellement gros qu’ils doivent manger les chats pense Emilie ! Bref on n’est pas encore prêt pour l’Inde !

La ville nous semblera nettement moins  hostile en plein jour le lendemain. Si la Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge ou encore le Laos avaient chacun leur propre culture, on notait cependant pas mal de similitudes entre eux. Ici tout y est totalement différent, les rues, les odeurs, les habitants… Et pour cause le pays est frontalier du Bangladesh, de l’Inde, de la Chine du Laos et de la Thaïlande.5 pays, 3 religions et autant d’influences sur le quotidien birman. A commencer par la nourriture ce matin en guise de petit déjeuner nous demanderons un thé, on nous servira une espèce de soupe avec du lait !

Première visite dans la ville et première surprise, Yangon, que nous prenions pour la capitale du pays ne l’est plus depuis 2005. La capitale administrative du pays a en effet été déplacée à Naypydaw, une ville initialement interdite aux touristes. Néanmoins la capitale culturelle et économique reste Yangon. Cela tombe bien on y trouve parait-il la plus belle pagode du monde : la Shwedagon paya. Nous y resterons 4h à flâner au milieu de centaines de pèlerins venus se recueillir. Les odeurs d’encens et les illuminations donnent à la nuit tombée une sensation unique…

La chaleur à Yangon est telle qu’il est quasiment impossible de rester dehors entre 11h et 15h, nous partons donc vers le nord à Mandalay en bus de nuit avec comme toujours un bon gros goûter (biryani de poulet, samossas, nouilles chan). Si notre premier petit déjeuner s’était avéré être un échec, nous commençons à nous faire à la gastronomie locale très influencée par l’Inde, mais toujours accompagnée de riz sinon ça ne serait pas marrant ! D’ailleurs, les Birmans sont les plus gros consommateurs de riz au monde avec 20kg par an par habitant ! Autant dire que le gratin dauphinois et les haricots c’est pas pour tout de suite !

Arrivée à Mandalay, nous louerons des vélos pour parcourir la ville  le premier jour. Le lendemain, nous ferons la connaissance de Christopher et Natalia, deux polonais rencontrés à notre hôtel. Avec eux nous partirons à la découverte des anciennes capitales sacrées de la région de Mandalay accompagnés de notre chauffeur Mémé. Ici, on roule à droite avec le volant à droite, et ce depuis les années 70. Cette absurdité on la doit à l’homme fort du régime et à son astrologue, lequel considérait que conduire à gauche était mauvais pour le karma du général en chef. Résultat : du jour au lendemain la conduite est passée à droite mais les voitures, elles, sont restées les mêmes. ça n’a aucun sens mais c’est aussi cela le Myanmar, un pays dans lequel la superstition prend souvent le dessus sur le bon sens. Notre balade dans les anciennes capitales du pays commence donc à Amarapura réputée pour ses ateliers de sculpteurs de bois et de pierres. Toujours à Amarapura, nous assisterons ensuite à l’impressionnante procession des quelques 250 moines du monastère local. Ensuite, direction Sagaing puis Inwa que nous rejoignons en bateau pour une marche de 3h en pleine campagne birmane au milieu de temples à l’abandon, très agréable malgré les 40° qui nous accompagnent. Nous finirons notre journée où nous l’avions commencé à Amarapura sur le pont le plus connu du pays (U-Bein), un édifice en teck qui s’étend sur près de 3km. D’ici nous pourrons assister au plus beau coucher de soleil que nous ayons vu depuis le départ de notre périple entourés de touristes et de jeunes amoureux birmans.

Le soir même nous négocierons les conditions de notre départ du lendemain pour Bagan avec le propriétaire de l’hôtel où nous sommes. Si les birmans sont jusqu’à présent d’une gentillesse inégalée, ce n’est pas forcément le cas pour tous, et en général les chauffeurs ainsi que les propriétaires d’hôtels et guest house profitent largement du manque de logements et d’infrastructures pour annoncer des prix et des commissions parfois digne de Paris ! Du coup la négociation s’envenime quelque peu, et Emilie qui négociait si bien au Laos se retrouve rapidement dépassée et entourée de 4 gros birmans de moins en moins contents. Nous finirons malgré tout par payer le prix demandé en pestant très largement contre leur façon de faire devant tous les autres clients de la réception. Bref on est des français et ça se voit…

Départ 6h le lendemain pour Bagan, la ville aux 2000 temples. Le premier temple sera marqué par la rencontre avec une petite fille de 8 ans intriguée par l’appareil photo. De fil en aiguille nous finirons par rencontrer son papa vendeur ambulant un peu plus loin, puis sa maman et enfin le petit frère. Du fait de notre birman très limité et de leur anglais tout aussi basique nous échangerons principalement des sourires puis des poses photos et enfin auront le privilège d’être invités à manger les crêpes qu’ils vendent à la sortie du temple. Le lendemain, nous visiterons Bagan en vélo, un temple puis 2, 3, 4, puis pleins de temples ici et là, au loin encore des temples, certains semblent abandonnés quand d’autres sont pris d’assaut par les touristes. Au pied de chaque édifice le même rituel : se déchausser complètement, retirer son chapeau, visiter alors l’intérieur puis l’extérieur dans le sens des aiguilles d’une montre. Certains, en terrasse peuvent être escaladés, typiquement ceux propices aux couchers de soleil pour les autres le risque est trop grand surtout après le tremblement de terre de 2007 qui a fragilisé la plupart des édifices du pays. Devant chaque temple, on retrouve des enfants qui vendent des cartes postales, nous ferons la connaissance de Tirigu un gamin de 8 ans parlant un peu anglais et qui tentera désespérément de nous vendre ses cartes postales. Nous n’achèterons pas de carte postale mais partagerons notre soda avec lui en attendant le coucher de soleil, du coup Tirigu restera avec nous pendant 2h au cours desquelles il continuera de nous proposer près de 300 fois de lui acheter ses cartes postales. Toujours avec le sourire, Emilie finira par lui suggérer d’aller vendre ses cartes à la famille qui se trouve à 10 mètres de nous, réponse de l’intéressé : « No they are Myanmar people, post card only for english people» (sous-entendu pour des gros cons de touristes comme vous !). Au fil des échanges avec notre nouvel ami nous prendrons conscience que comme la plupart des enfants de Bagan Tirigu ne va quasiment jamais à l’école. En même temps cela n’a rien de surprenant dans un pays où le budget de l’éducation est 10 fois inférieur à celui de la défense. Pire encore les universités sont installées en banlieue, très souvent de l’autre coté de ponts afin de pouvoir maîtriser plus facilement les revendications étudiantes… bref il ne fait pas bond’être jeune au Myanmar, même si les choses sont en train de changer petit à petit. « Alors combien tu me prends de carte postale ? » Ce gamin ne s’arrête jamais du coup Thomas un peu épuisé prend les cartes postales les met dans son sac et lui dit : « maintenant qu’on est ami c’est cadeau ». Tirigu regarde Thomas, sourit prend notre appareil photo le met dans son sac et répète : « t’as raison maintenant qu’on est ami, ça c’est cadeau »! Sale gosse ! Si le coucher de soleil ce soir là ne restera pas dans les annales, nous passerons 2h inoubliables, et finalement vous savez quoi, on lui a acheté une carte postale ! Le lendemain au détour d’un temple nous ferons la connaissance de Win, un birman spécialisé dans la laque traditionnelle, dont le magasin est hors des sentiers touristiques. Du coup son chiffre d’affaire et sa vie en pâtissent malgré des produits d’une grande qualité. Nous le suivrons dans son atelier où lui et ses frères nous apprendront les  rudiments et les procédés de la laque. Nous y achèterons d’ailleurs nos premiers souvenirs (la carte postale de Tirigu ça ne compte pas) à un prix défiant toute concurrence et pour cause en échange d’une baisse de 50% du prix demandé nous lui promettons d’envoyer un mail de recommandation au guide du routard, comme ça tout le monde est content ! Nous finirons par beaucoup discuter avec lui, résultat Win nous invitera à partager le repas du midi dans l’atelier avec sa mère. Un repas aussi copieux qu’inattendu et que décidément seul le Myanmar peut offrir…