Chili Sud

Chili Sud

 

Départ d’Argentine à 5h du matin direction Puerto Natales pour retrouver le Chili à 19h de bus. Nous revenons au Chili 6 semaines après l’avoir délaissé au profit de l’Argentine. Surtout nous revenons ici avec plus de recul et une meilleure connaissance de la culture sud américaine.Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les chiliens ne sont pas toujours considérés comme des sud américains en Argentine mais aussi en Bolivie et au Pérou. D’ailleurs ils ne sont que très rarement invités à donner leur point de vue sur la direction que devrait prendre  l’Amérique latine d’un point de vue politique et économique. Si les argentins leurs reprochent d’avoir pris position pour les Anglais dans la guerre des Malouines, on leur reproche d’une façon plus générale leur orientation économique trop calquée sur le modèle US. Ici même le plus pauvre des chiliens peut s’acheter une TV plasma à crédit et rouler dans un énorme pick up, il faut croire que les récents déboires du système américain et de son modèle basé sur le crédit à tout va ne soit pas réellement pris au sérieux au Chili.

En terme d’infrastructure routière cependant aucun doute les chiliens font bien partis de l’Amérique Latine : entre crevaisons et pertes de temps infinies à la douane nous louperons notre second bus entre Punta Arenas et Puerto Natales. Résultat nous sommes contraints de rester dormir sur Punta Arenas. Si la ville en soit n’offre rien d’exceptionnelle, elle est surtout réputée pour être la ville la plus venteuse du pays. Des cordes sont même installées dans le centre ville pour aider les piétons à circuler en cas de rafales. Le chilien chez qui nous passons la nuit nous dira même qu’ici certains ont vu des chats s’envoler.

Direction donc Puerto Natales, ville la plus proche des fameuses Torres del Paine où nous attend un trek de 5 jours. Dans le bus nous ferons la connaissance de 2 autres couples en voyage de noces (en voilà une bonne idée, ça donnerait presque envie de se marier !), Marion et Olivier de Montpellier ainsi que Manu et Mathieu de Paris. Nous déciderons de nous greffer à eux pour affronter le fameux trek W (nom dû à la forme du parcours), un trek d’environ 100km  censé nous faire traverser les 4 saisons et des paysages tout aussi variés : steppes, forêt, cascades, lacs, glaciers… Qui dit 5 jours de trek dit un minimum de préparation : l’itinéraire, le sac à dos, faire les courses tout en sachant qu’il faudra porter tout ça !!!

Il est 7h30, le trek commence par 4h de bus, jusque là tout va bien… Au moment de descendre du bus la pluie fait son apparition, comme si les dieux de la météo voulaient nous prévenir qu’aucun cadeau ne nous serait fait dans les prochains jours. A peine 10 minutes que nous sommes partis et nous voilà déjà perdus, impossible de trouver l’entrée du sentier, c’est pas gagné ! Une fois lancés cependant, les paysages sont sublimes : de larges steppes, une végétation aride, un lac aux couleurs bleu émeraude. Les sentiers sont assez faciles, l’occasion de faire plus ample connaissance entre nous. Arrivés au camp, la pluie refait son apparition, vite il faut monter les tentes. La  pluie et le vent ne cesseront pas de la nuit pire le deuxième jour de trek sera marqué par une tempête de grêle. Après 2h à marcher face au vent nous atteignons le glacier ; impossible cependant de le regarder la grêle nous empêche d’ouvrir les yeux et commence à brûler les cuisses, il faut se résoudre à faire demi-tour. Le soir venu, le moral est au plus bas, les affaires sont trempées, il fait froid et il faut faire à manger sous un abri de fortune entre gadoue et froid glacial, bref demain est un autre jour… Et effectivement au réveil le sol est gelé, pas le choix il nous faut remettre nos affaires complètement trempées. En remontant la vallée des italien, le vent continue son travail de sape avec des rafales de vent allant jusqu’à 140km/h le tout les pieds dans la neige. Si le trek W offre la promesse de traverser les 4 saisons nous n’avons pour l’instant croisé que l’hiver et l’automne. Au soir du 3ème jour, le moral est au plus bas, du coup ce soir c’est apéro au Pisco, alcool local, histoire d’avoir la sensation de  s’endormir au chaud ! Au petit matin, surprise, nous nous réveillerons sous un soleil radieux, cela tombe bien c’est le jour où nous devons atteindre les fameuses Torres (tours). Cette journée sera de loin la plus agréable, 9h de marche entre lacs émeraude, cascades et montagnes dégagées pour finir par une ascension d’une heure vers les Torres del Paine! C’est l’heure du coucher de soleil, nous sommes tous les 6 assis à admirer ce somptueux spectacle: le soleil disparaissant derrière ces 3 pics… A cet instant toutes les souffrances endurées au cours des 4 derniers jours disparaissent instantanément, le plus dur est fait. Si le trek n’est en soit pas d’un niveau difficile les conditions climatiques dantesques nous aurons quelque peu pourri la vie pendant 5 jours et sans la complicité de notre équipe de choc, il y a fort à parier que nous aurions rebroussés chemin bien avant la fin. Notre dernière nuit sera malgré tout la plus pénible dans un froid polaire (-5°), nous obligeant à dormir avec la couverture de survie ! Dur dur de repartir et de se réchauffer le lendemain matin mais le moral y est et nous ne sommes plus qu’à 3h30 de marche d’un repas au chaud et d’un bon lit ! Nous fêterons comme il se doit la fin de ce trek autour d’une bonne pizza et de bons vins.

Remis de ce trek pour le peu éprouvant, nous reprenons la route en direction de l’île de Chiloé à 36h de bus, ce qui constituera notre record absolu en la matière. 36h c’est long, mais dans un bus vétuste avec des sièges non inclinables, cela peut prendre des allures d’enfer sur terre. Enfin, nous voilà à Chiloé, l’île est avant tout réputée pour ses maisons colorées en écailles de poissons, l’architecture pittoresque de ses églises ainsi que ses spécialités de fruits de mer. En fait Chiloé c’est un peu la Bretagne à l’autre bout de la planète. Nous poserons nos valises dans la ville de Castro, pour 3 jours placés sous le signe du repos et de la gastronomie portuaire.

Une fois les batteries rechargées direction Petrohué à 200km au nord. L’heure de rechausser les chaussures de randonnée le temps d’une balade entre volcans tapissés de rocailles noires et forêts de jeunets sur fond de ciel bleu, le Chili a décidément beaucoup à offrir.

Déjà l’heure de repartir toujours plus au nord vers Pùcon où nous rejoignons Marion et Olivier, nos compagnons de trek pour célébrer comme il se doit l’anniversaire de Marion. Nos 3 jours à Pùcon marqueront la fin de notre périple en Amérique latine, entre siestes, asados (barbecue) et baignades dans les eaux cristallines du lac Caburgua le long d’une plage de sable volcanique.

C’est donc le cœur léger que nous quittons nos amis et regagnons Santiago du Chili où nous prendrons notre avion dans 16h. Il est 7h du matin, il nous reste une journée à tuer, direction le dernier étage d’un centre commercial avec tous nos sacs, d’ici nous avons accès à Internet et pourrons ainsi mettre à jour le blog quelque peu en retard. Mais alors que nous sommes sur le point de quitter les lieux à 5h du départ et que rien ne nous était jamais arrivé en Amérique Latine, une seconde d’inattention et c’est le drame. Emilie se fait subtiliser son petit sac à dos : plus de veste technique, de sous vêtements, de dollars, de cartes mémoires vidéo, lampe frontale, pire encore son carnet de voyage mais surtout Nounours étaient dans le sac…! Nous ferons le tour du centre commercial et des poubelles du quartier pendant deux heures avant de faire notre déposition au commissariat. Notre passage en Amérique latine se termine de la pire des manières. Après avoir été si attentifs au Pérou et en Argentine c’est finalement au Chili que nous serons rattrapés par la réalité. Pour autant ces 5 mois passés sur le continent ne pourront se résumer à cet acte aussi infâme qu’isolé ! L’Amérique Latine aura su nous charmer aussi bien par la diversité de ses paysages qu’à travers les rencontres que nous y auront faites.